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ToniKa
Chronique / Marseille
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Flash rue revient !
Artistes Marseille rech. 100(0) pers.
pr actes artistiques surprise, fugitifs,
inattendus, incongrus, décalés, sensibles,
contagieux, drôles, graves...
Rdv sam. 17 mai 18h
Espace culture 42 Canebière
(Con)signe : Etre vêtu de blanc
Informations
www.flashrue.net
08 72 73 35 24 (coût d'un appel local)
contact@flashrue.net
Pour être informé des prochains rdv Flash rue,inscrivez-vous à la liste de diffusion, flashrue-request@ml.free.fr en indiquant "subscribe" dans le sujet.
Plus d'infos : http://www.flashrue.net
Pas de raison spéciale pour moi d'être là. Pourmoi, c'est un état "artificiel" et cause de bien des problêmes, comme la religion à chqaque fois. Mais si j'étais juive, je le sentirais forcément concernée. Ma typologie méditerranéenne me permet de passer inaperçue + mon borsalino et des lunettes noires, l'incognito parfait. J'y suis allée pour la musique, et la curiosité aussi : le groupe de jazz_klezmer Kabbalah (ils ont un très beau site), mais ils passaient à 14h00, et comme je suis arrivée vers 16h30, je les ai manqués... Je n'ai pas manqué en revanche le pianiste Yaron Herman en trio (contre_basse et drums), qui présentait quelques titres de leur album "A time for everything". Mon appareil photo étant détruit, je me suis sentie bien penaude pour la chronique, mais j'ai pû profiter de la musique étonnante au milieu des enfants juifs tapageurs. La manifestation se voulait populaire et bon enfant, elle le fût et touchait TOUS les marseillais. Mais le plus étonnant, c'était le service d'ordre, cordial certes, mais très présent. Qu'est-ce qu'ils craignaient ?
La découverte, c'est donc le pianiste Yaron Herman. Un excellent moment pianistique, les musiciens le soleil déclinant dans le dos.
Comme je le dit souvent, j'ai un faible pour les Anciens de Marseille. Cette semaine, y'en a un qui a foutu le camp, ou plutôt qui a levé les voiles, comme ça, subitement. Les camps, il en a connu. Des histoires loufoques, il en a connu et comme dans la famille, ils sont pas taciturnes, il en a distribué. Des histoires dramatiques mais qu'il rendait drôles. Une de ses filles, France, les raconte sur son blog. Les siennes et celle de son beau-père. C'est le blog tendre d'un grand Clan. De deux branches qui bourgonnent ensemble : l'une yougo_italienne (les Masera) et l'autre alpino_marseillaise (les Faure). Hui, en France, il existe encore des familles qui ne se désunissent pas, qui ne peuvent pas vivre séparées sans être déchirées, qui se transmettent tout : les qualités, les défauts.
Point besoin de connaitre trop Pépé Mario, que j'ai eu la chance de rencontrer, pour dire qu'il est parti comme il a vécu : tout seul, comme un grand, sans affliger personne du spectacle de sa mort approchante. À quoi bon ? Je suis sûre qu'il l'a fait express. Il est parti parce qu'il se faisait vieux, et qu'il avait peut_être envie de revoir sa femme, et comme il avait vu la petite dernière, ça pouvait. À l'une de ses arrière-petite-fille, il avait demandé "ça va la tête ? elle est bien dure ? Parce que la mienne, elle va pas tarder à partir !" Et il disait cela en mettant sa main sur la tête d'Anna, histoire de s'assurer qu'elle était bien en place. Anna et Lia qui connaissent leur arrière-grand-parents ! Ça me tue, moi ai si peu connu les miens !
Il avait plusieurs tatouages, il eût sa période mauvais garçon dans le quartier, de toutes les bagarres. C'était pour montrer qu'il était un homme, à l'époque, ça se faisait beaucoup. Les tatouages : avec un bouchon de liège et de l'encre de stylo Bic. (Ça me fait penser aux grands dessins de Jan Fabre au stylo Bic et ceux avec son sang : combien en a-t-il usé ?). L'un des tatouages : un clown avec le slogan "Tout me fait rire".
En plus d'être un blagueur invétéré, Pépé Mario était un beau Vieux : de grandes paluches, et des yeux que même à travers la catarate, on se prenait en pleine figure. Des yeux pétillants : que voilà quelqu'un qui aime la vie malgré les mauvaises passes qu'il a traversé. Je me rapellerai toujours de la fois où il m'a dit "Regardez je cours !" dans le magasin. Il faisait semblant de courir en marchant vite avec ses grandes baskets. Ah oui, parce qu'il avait le look : casquette pour protéger la cabeza dura (il prenait bien le soleil) et baskets (grande taille). Il avait été grand avant de connaître la vieillesse. Il vivait seul, il avait une copine. Pas qu'une, je crois ! Parfois, des petites vieilles nous demandaient des nouvelles de lui au magasin, parcequ'il les faisait bien marrer sur les rochers de la Corniche. Y'a pas d'âge pour chahuter. Il venait de la rue Borde, la rue des Impôts, à Samatan, le fief de sa fille, de ses petits enfants et arrière-petits-enfants. Il était avec nous sur la plage pour l'anniversaire de ses deux petits-fils, il jouait avec la lampe de poche, puis au bout d'un moment, il s'est endormi sur sa chaise de camping avec sa casquette, quand il a fait bien noir sur la plage. Je m'étais dit "C'est chouette, ça ils ont emmné leur pépé sur la plage. Ce qui les embéterait, c'est qu'il soit pas là", alors hop.
"-Pépé, on va au Prophète !"
"-Où ? (il était un peu sourdingue, de ça aussi il en plaisantait)
Aujourd'hui, la famille lui dit adieu à Saint-Pierre. Moi aussi, j'irai lui dire "Bye Bye !" doucement et discrètement, en oubliant pas son rire et sa tchatche. Mieux que tous les dico français-marseillais !